Kocani Orkestar
Dans la grande marmite cuivrée des Balkans, la recette du Kocani Orkestar a repose sur quelques secrets bien à lui. Tout d’abord, il n’y a pas un Kocani Orkestar, mais deux. Le brass band macédonien s’est scindé en orchestres concurrents, l’un dirigé par le trompettiste Naat Veliov, l’autre toujours soutenu par le label Crammed et les managers du Taraf de Haïdouks. Si "l’Original Kocani" de Veliov s’est un peu fourvoyé en voulant plaire aux oreilles occidentales à coup de disco ou de mambo, l’autre maintient avec fermeté le cap du bon goût. Ce n’est pas un trompettiste, mais un saxophoniste alto au son bouillonnant qui le dirige aujourd’hui, l’excellent Ismael Saliev. Ses deux frères figurent parmi les quatre tubistes qui, avec le redoutable batteur de tapan, Saban Jasarov, assurent une rythmique implacable rompue à toutes les mesures composées. Deux trompettes, un accordéon et une clarinette complètent l’arsenal mélodique. Mais surtout, le Kocani est une fanfare chantante depuis son deuxième album chez Crammed (Alone At My Wedding) consacré aux musiques de mariage. Avec sa voix mielleuse et son visage innocent, le jeune Ajlur Azizov apporte une touche unique au son du groupe. Il chante en macédonien, en rom, en turc. Autre trait distinctif, Saliev et la plupart des musiciens qui l’accompagnent sont musulmans, ce qui ne les empêche d’ailleurs pas de boire comme il faut. Car, lorsqu’il faut mettre la machine en route, être capable de jouer sans interruption pendant une nuit entière, voire plusieurs jours d’affilée, il faut du carburant. Une machine qui s’emballe et emballe avec une énorme force de persuasion.
Jean-Stéphane Brosse
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